Samedi 8 avril 2006
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Lors du dernier débat télévisé, Berlusconi avait traité Romano Prodi d’ « idiot utile » après que celui-ci l’ait accusé de « s’accrocher aux chiffres comme les ivrognes s’accrochent au réverbère, non pas pour avoir plus de lumière mais pour essayer de tenir debout ».
Si Berlusconi s’accroche désespérément aux chiffres dans la dernière ligne droite de la campagne législative italienne, il semble cependant ne pas avoir eu les mêmes que les autorités officielles. Petit tour d’horizon chiffré des principaux dégâts de 5 années de gouvernement Berlusconi.

Chez les Democratici di Sinistra (Démocrates de gauche, parti membre de l’Unione), ce bilan peut se résumer en un seul mot « berluscount ».
Tract berluscount.pdf (1.14 Mb)

PIB (variation en pourcentage)
2001 : + 1,7
2005 : + 0,2

Déficit public (en milliards d’euros)
2001 : 1.348
2005 : 1.542

Part des exportations italiennes au niveau mondial (en %)
2001 : 4,0
2005 : 2,9

Solde de la balance commerciale (en millions d’euros)
2001 : + 9,233
2005 : - 10,368

Position de l’Italie dans le classement mondial de la compétitivité
2001 : 24e
2005 : 47e

Evasion fiscale
200 milliards d’euros ont échappé à la taxation.

Pourcentage du PIB accordé à la recherche et à l’innovation
Italie : 0,9 %
Moyenne UE : 2,0 %

Investissements dans la culture de 2001 à 2005
Italie 0,29%
France 1,00%
Allemagne 1,35%

Retraites
4 100 000 italiens ont une retraite inférieure à 500 euros par mois.

Politique sociale
Moins 482 millions d’euros de budget rien que pour l’année 2006

Grands travaux
Coût prévu : 264 millions d’euros
Ressources réellement disponibles : 21 milliards d’euros


Des lois et un homme

Déjà 15 lois ont été votées entre 2001 et 2005 pour le seul avantage de Berlusconi et de ses amis. Quelques exemples d’une certaine vision du pouvoir.

- Loi abolissant la taxe sur les successions et les donations pour les grands patrimoines.
OR Berlusconi détient la première fortune d'Italie et se classe au 45e rang mondial.

- Loi intitulée « bouclier fiscal » qui autorise le rapatriement des capitaux exportés illégalement avec une très faible pénalité de 2,5 % des sommes détournées.
OR la Fininvest, le groupe du président du Conseil, est soupçonnées d’avoir de nombreuses caisses noires à l'étranger.

- Amnistie fiscale prévoyant la régularisation des contribuables, personnes privées ou sociétés, en échange du versement de 10 % de l'impôt non acquitté.
OR le quotidien La Repubblica a calculé que cette mesure pourrait faire économiser entre 80 et 100 millions d'euros à la Fininvest !

- Décret permettant aux clubs de football d'étaler sur dix ans les moins-values enregistrées en raison de la crise du football européen.
OR à l’époque de l’adoption de ce décret, le Milan AC, propriété de Berlusconi, avait un bilan déficitaire et risquait de se voir refuser l'inscription aux prochaines compétitions.

- Loi Gasparri réformant le système audiovisuel italien permet la possession d’intérêts plurimédias, réforme les limites antitrust et la composition du conseil d’administration de la télévision publique RAI.
OR Berlusconi dispose à la base d’un empire médiatique à travers sa société Fininvest, qui regroupe notamment Mediaset (télévision) et Mondadori (édition-presse), pesant ainsi 13% du marché de la communication en Italie.
Mais selon le principe de la « lottizziazione » (loi du 14 avril 1975), la direction ainsi que les chaînes du groupe de télévision publique RAI sont partagées entre les partis politiques selon leur résultats aux élections législatives.
En schématisant, depuis sa victoire aux dernières élections, Berlusconi contrôle ainsi plus ou moins directement 5 des 7 chaînes de télévision hertzienne : les 3 chaînes de Mediaset (Canale 5, Rete 4 et Italia 1) et deux châines de la RAI (Rai Uno attribué à son parti Forza Italia, et la Rai Due attribué à la Ligue du Nord membre de la coalition menée par Berlusconi).

- Loi dépénalisant le délit de faux en écriture.
OR dans le dossier du procès All Iberian, Berlusconi était accusé d'avoir établi une double comptabilité pour la Fininvest à travers 64 sociétés offshore et d'avoir créé une caisse noire de 750 millions d'euros.
De même, Adriano Galliani, président du Milan AC, le club de football du président du Conseil, a bénéficié de cette mesure alors qu'il était accusé d'avoir payé des joueurs au noir.

- Loi Cirami qui permet à un inculpé de demander le transfert de son dossier vers un autre tribunal s'il estime être devant un cas de « suspicion légitime ». Cette mesure permet de faire traîner les procès en longueur … jusqu’à la prescription des faits.
OR cette loi a immédiatement été invoquée par Cesare Previti, l'avocat de Berlusconi, inculpé par le parquet de Milan dans plusieurs affaires de corruption pour le compte de la Fininvest … mais en vain.
Cependant cette loi toujours en vigueur reste couramment invoquée par des terroristes ou des mafieux pour bloquer l'instruction de procès en cours.

- Enfin pour couronner le tout, Loi suspendant tous les procès visant les cinq plus hauts personnages de l'Etat durant toute la durée de leur mandat, à savoir : les présidents de la République, de la Cour constitutionnelle, des deux chambres... et le chef du gouvernement !
OR Berlusconi est poursuivi dans plusieurs dizaines d’affaires.
Par Denis Chiaradonna - Publié dans : denischiaradonna
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